Propriétaire qui refuse la cession du bail commercial

Mon propriétaire peut-il refuser la cession du bail commercial ?

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Changer de local, céder son activité ou restructurer sa société suppose souvent de transférer son bail. Et c’est généralement à ce moment-là qu’une question centrale se pose : le bailleur peut-il refuser la cession du bail commercial ?

Entre clauses d’interdiction, demandes d’agrément et exceptions prévues par la loi, la réponse est loin d’être évidente au premier abord. Pourtant, une erreur d’analyse peut avoir des conséquences lourdes. Avant toute opération, il est donc essentiel de comprendre dans quels cas l’accord du bailleur est nécessaire.

 

Cession isolée du droit au bail : le bailleur peut l’interdire

Il arrive que le locataire souhaite céder uniquement son bail, sans vendre son fonds de commerce. C’est notamment le cas lorsqu’il change d’emplacement ou cesse son activité. Cette opération, parfois appelée cession de pas-de-porte, est juridiquement distincte de la vente du fonds de commerce.

C’est le seul cas dans lequel le propriétaire peut valablement interdire la cession du droit au bail. Cette faculté s’explique économiquement : lors d’un nouveau bail, le propriétaire a l’occasion de percevoir un pas-de-porte, ce qui n’est plus possible si le bail est simplement cédé.

La plupart des contrats contiennent donc une clause prohibant ce transfert isolé du droit au bail. Lorsqu’il n’est pas exclu, il est en général soumis à différentes conditions (voir exemples ci-dessous).

 

Cession du bail avec le fonds de commerce : le bailleur peut l’encadrer

Le transfert du bail avec le fonds de commerce est forcément autorisé, mais des prérequis sont souvent prévus.

Le principe de liberté de cession du fonds de commerce

L’article L. 145-16 du Code de commerce pose un principe clair : le bailleur ne peut pas s’opposer à la cession du bail lors de la vente du fonds de commerce. Toute clause contraire est écartée.

Cette liberté se justifie par la nature même du fonds de commerce, qui regroupe tous les éléments nécessaires à l’activité : clientèle, enseigne, matériels. Le droit au bail fait partie intégrante de cet ensemble et ne peut pas en être dissocié.

 

Pour aller plus loin
Découvrez notre article « Cession du droit au bail ou cession du fonds de commerce : quelles différences ? » pour comprendre les avantages et inconvénients de chaque option, ainsi que les étapes à respecter.

 

Les clauses permettant au bailleur d’encadrer la cession

Si le propriétaire ne peut pas interdire le transfert du bail avec le fonds, il peut néanmoins se protéger contractuellement.

La clause d’agrément

Elle impose au locataire d’obtenir l’accord préalable écrit du bailleur sur l’identité du repreneur. Tout refus doit être objectivement justifié, par exemple au vu de la solvabilité, du sérieux ou de la compétence du cessionnaire.

Le droit de préemption

Il permet au propriétaire de se substituer à l’acquéreur aux mêmes conditions, moyennant le paiement du prix de cession.

La clause de solidarité

Le locataire initial se trouve ainsi solidairement tenu au paiement des loyers et charges, et parfois au respect des autres obligations du contrat de bail. Depuis la loi Pinel, cette solidarité est limitée à trois ans.

L’absence d’arriérés de loyers

Le bail peut exiger que le cédant soit à jour de ses loyers et charges au moment de la cession.

La clause d’intervention à l’acte

Le bailleur demande à être appelé à l’acte de cession, afin de vérifier que les conditions légales et contractuelles sont respectées. Certains baux imposent également un acte authentique ou le recours au notaire du bailleur.

Le non-respect de ces clauses peut rendre la cession inopposable au propriétaire, voire entraîner la résiliation du bail.

 

Cession pour restructuration, retraite ou invalidité : le bailleur ne peut pas s’y opposer

Il existe deux situations dans lesquelles le propriétaire n’a pas le droit de refuser la cession ou de valider l’acquéreur.

Les opérations de restructuration

En cas de fusion, scission, apport partiel d’actif ou transmission universelle de patrimoine (TUP), le bail est transmis automatiquement à la société bénéficiaire. Le bailleur ne dispose d’aucun droit d’agrément, et toute clause contraire est invalide.

Le départ à la retraite ou l’invalidité

Le locataire concerné peut céder son bail librement, y compris pour une activité différente (« cession déspécialisation »), sans accord du bailleur. Cette dérogation vise le locataire personne physique, l’associé unique d’EURL, le gérant majoritaire de SARL depuis deux ans, ou l’époux cotitulaire du bail.

La nouvelle activité doit être compatible avec la destination, les caractères et la situation de l’immeuble. Le locataire notifie son intention au bailleur, qui dispose de deux mois soit pour exercer un droit de préemption, soit pour contester devant le tribunal la compatibilité de l’activité envisagée.

 

La question de la cession du bail commercial et de l’accord du bailleur ne connaît pas de réponse unique. Elle dépend du type de cession envisagée et des clauses prévues au contrat. Avant tout transfert, une analyse précise du bail et du contexte juridique s’impose pour sécuriser l’opération.

 

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